Les Musées de Sarreguemines
En collaboration avec
Sarreguemines-Passions 
EXPOSITION L’ALSACE PHOTOGRAPHIÉE
Contribution de la Faïencerie de Sarreguemines à l’affirmation d’une identité.
Musée de la Faïence de Sarreguemines
Du 6 octobre au 15 novembre 2026
UNE EXPOSITION AU CROISEMENT DE LA PHOTOGRAPHIE, DE LA CÉRAMIQUE ET DE L’IDENTITÉ RÉGIONALE
À l’occasion du bicentenaire de la photographie, l’association Sarreguemines-Passions présente au Musée de la Faïence de Sarreguemines une exposition consacrée à une production aussi originale que méconnue : les faïences photographiques consacrées à l’Alsace.
Au début du XXᵉ siècle, la photographie connaît un essor considérable. Elle transforme le regard porté sur les territoires, leurs paysages, leurs monuments et leurs traditions. Dans un contexte marqué par le développement du tourisme et par un véritable engouement pour le patrimoine régional, elle devient également un puissant moyen de représentation et de diffusion des identités.
La Faïencerie de Sarreguemines s’empare de cette nouvelle technique et de cet imaginaire régional pour créer des objets décoratifs associant innovation industrielle, photographie et arts décoratifs.
Paradoxalement, alors que Sarreguemines se situe en Lorraine, c’est l’Alsace voisine qui constitue l’une des principales sources d’inspiration de cette production.
LA PHOTOGRAPHIE ENTRE DANS LA DECORATION DES CÉRAMIQUES
Entre 1900 et 1905, une véritable effervescence règne dans le « Service » de de l’ingénieur chimiste Charles Cherix (1869-1939), à la Faïencerie de Sarreguemines.
L’enjeu est considérable : il s’agit de lever les derniers obstacles techniques permettant l’application facile et durable d’images photographiques sur les céramiques et de répondre ainsi à la concurrence qui se développe dans ce domaine.
Ces recherches aboutissent à la mise au point de la photolithographie sur céramique. Le brevet délivré le 29 juillet 1904 correspondant à ce procédé est publié le 27 septembre 1904.
Cette innovation permet de transférer facilement une image photographique sur un support céramique et d’en faire un objet pérenne.
La photographie ne se contente alors plus d’être reproduite sur papier, elle devient partie intégrante d’objets décoratifs.
L’ALSACE, UNE TERRE TRÈS PHOTOGRAPHIÉE
À partir des années 1890, de nombreux photographes parcourent la France et le monde à la recherche de paysages, de monuments, de scènes de la vie quotidienne et de motifs considérés comme pittoresques. Parmi ces photographes il convient de citer 2 Alsaciens : Albert Kahn de Marmoutier et surtout pour l’exposition qui nous intéresse, Adolphe Braun de Dornach, village actuellement quartier résidentiel de Mulhouse.
Le développement de la photographie accompagne celui des albums illustrés, des cartes postales et des premières démarches de documentation et de sauvegarde des patrimoines culturels.
Ces photographes constituent un immense réservoir d’images dans lequel la Faïencerie de Sarreguemines va puiser.
La manufacture comprend rapidement l’intérêt commercial et culturel de cette iconographie. À travers ses productions, elle participe ainsi à la diffusion d’une représentation des régions françaises et à l’affirmation du régionalisme.
L’Alsace, qui ne possède plus de faïencerie, occupe une place privilégiée dans cette démarche de la manufacture Utzschneider et Cie. Ses villages, ses costumes, son architecture, ses paysages et ses monuments offrent un répertoire riche et immédiatement identifiable par le public. La photographie permet ainsi de fixer une image sur des faïences et de les transformer en objets décoratifs, souvenirs et objets de collection.
SARREGUEMINES ET LES ARTISTES ALSACIENS
Cette orientation vers l’Alsace n’est pas le fruit du hasard.
Des artistes alsaciens travaillent déjà au sein de la Faïencerie de Sarreguemines. Parmi eux figure Henri Loux (1873-1907), dont les créations constituent encore aujourd’hui l’une des productions les plus emblématiques de l’imagerie alsacienne associée à la manufacture. Entre 1902 et 1906, Henri Loux réalise des décors inspirés de son Alsace natale que l’on retrouve sur les pièces du service Obernai, toujours produit.
La manufacture se trouve ainsi au croisement de plusieurs influences : création artistique, culture régionale, photographie et innovation industrielle.
LE CERCLE SAINT-LÉONARD ET LA REVUE ALSACIENNE ILLUSTRÉE
L’histoire de cette production doit également être replacée dans le contexte culturel de l’Alsace de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle.
Les responsables de la manufacture de Sarreguemines entretiennent des liens avec les milieux artistiques alsaciens, notamment avec les membres du Cercle Saint-Léonard et les auteurs de la Revue Alsacienne Illustrée, publiée de 1898 à 1914.
Ces milieux artistiques et intellectuels défendent la reconnaissance de la culture alsacienne et accordent une place importante à la création artistique et aux arts industriels.
Cette conception d’un art capable de s’inscrire dans les objets du quotidien correspond aux préoccupations de la Faïencerie sarregueminoise.
La manufacture trouve ainsi dans le mouvement régionaliste un terrain particulièrement favorable à l’association entre art, industrie et identité régionale.
DE LA PHOTOGRAPHIE À L’OBJET
Les premières « faïences photographiques » conçues avec des moyens propres à la manufacture Utzschneider et Cie. et produites dans les ateliers sarregueminois apparaissent dès 1902.
Les photographies sont principalement appliquées sur des assiettes ou des plats de forme « lentille », proposées en 22 ou 32 centimètres de diamètre, une forme qui facilite l’application des vignettes de grandes tailles. Elles possèdent deux trous dans le talon pour y passer un lien qui permet de les accrocher aux murs.
L’image constitue le cœur du décor, tandis que l’aile de l’assiette fait l’objet d’un traitement esthétique particulièrement soigné. Les ailes peuvent être diversement colorées et parfois enrichies de motifs décoratifs.
Parallèlement, une nouvelle forme, référencée n° 3465, dite « cadre », destinée à recevoir ces décors, est développée en quatre tailles. À côté de ces productions, quelques pièces plus rares, comme des pièces de forme ou des supports plus inhabituels, viennent compléter cet ensemble.
UNE ESTHÉTIQUE AU SERVICE D’UNE RÉUSSITE COMMERCIALE
L’originalité des formes, la fantaisie des décors d’aile, la colorisation des images et l’emploi de la dorure témoignent d’une véritable recherche esthétique. La photographie constitue une innovation, mais elle doit également s’intégrer aux méthodes décoratives de Utzschneider et Cie.
Derrière cette recherche esthétique se trouve aussi une ambition commerciale. Le nouveau procédé doit répondre à une logique industrielle : produire davantage, plus rapidement et à moindre coût.
La manufacture adapte ses productions aux goûts et aux attentes d’une clientèle séduite par la découverte du patrimoine, le développement du tourisme et la multiplication des images de voyage de bonne qualité.
Ces faïences peuvent ainsi être considérées comme des objets-souvenirs permettant de conserver chez soi l’image d’un lieu visité ou admiré.
La rencontre entre photographie et céramique donne naissance à des objets à la fois modernes par leur procédé et traditionnels par leur décoration.
QUELLES PHOTOGRAPHIES POUR QUELLE ALSACE ?
La sélection des photographies répond à une logique bien précise. Comme pour l’ensemble de la production de la Faïencerie, le choix des sujets est étroitement lié au goût de la clientèle.
Les photographies retenues privilégient les lieux et les représentations susceptibles de séduire un public attiré par le patrimoine et le pittoresque. Villages, paysages, monuments, architecture et scènes caractéristiques composent ainsi une véritable galerie photographique de l’Alsace.
Ces images ne constituent pas seulement un témoignage documentaire. Elles participent à la construction d’une représentation de la région : une Alsace pittoresque, patrimoniale, reconnaissable, laborieuse et séduisante.
La Faïencerie contribue ainsi à transformer une photographie en objet de mémoire et de diffusion culturelle.
UNE EXPOSITION ENTRE DOCUMENTS HISTORIQUES ET OBJETS D’ART
L’exposition « L’Alsace photographiée » propose de porter un regard neuf sur ces productions de la Faïencerie de Sarreguemines.
Elle met en évidence les relations étroites qui se nouent, au début
du XXᵉ siècle, entre :
· La photographie, nouveau moyen de représentation et de diffusion des territoires ;
· La céramique, en support des arts décoratifs ;
· L’industrie, capable d’adapter une innovation technique à une production commerciale ;
· Les artistes, qui participent à l’élaboration d’une esthétique régionale ;
· Le régionalisme, qui contribue à faire du patrimoine un élément de l’identité collective ;
· Le développement du tourisme, qui favorise la diffusion des images des territoires visités.
À travers les pièces présentées, l’exposition raconte donc bien davantage qu’une histoire technique. Elle montre comment une manufacture lorraine s’est approprié l’image photographique de l’Alsace pour participer à la diffusion d’une identité régionale, progressivement devenue une véritable image de marque culturelle et touristique.
UNE HISTOIRE EN RÉSONNANCE AVEC LE BICENTENAIRE DE LA PHOTOGRAPHIE
L’ouverture de cette exposition s’inscrit dans la célébration du Bicentenaire de la photographie.
Deux siècles après les premières expérimentations photographiques, cette commémoration offre l’occasion de mesurer l’influence considérable de la photographie sur notre manière d’appréhender, de représenter et de conserver les images du monde. En ce sens, l’exemple des faïences de Sarreguemines est particulièrement révélateur.
En transférant la photographie sur la céramique, la manufacture lui donne une nouvelle vie et une nouvelle fonction. L’image devient objet.
Elle quitte le seul domaine de la reproduction documentaire pour entrer dans celui des arts décoratifs, de la consommation et de la mémoire.
Les faïences photographiques témoignent ainsi d’un moment où l’innovation technique rencontre la fascination pour l’image et la redécouverte du patrimoine régional.
EN BREF
DES DATES À RETENIR
1898-1914 : Publication de la Revue Alsacienne Illustrée, dans un contexte de développement des mouvements régionalistes et de valorisation du patrimoine alsacien.
1900-1905 : Recherches et travaux menés dans les ateliers de Charles Cherix pour adapter la photographie à la décoration des céramiques.
1902 : Premières faïences photographiques produites par la manufacture de Sarreguemines.
1902-1906 : Henri Loux réalise des décors alsaciens pour la Faïencerie.
27 septembre 1904 Publication du brevet accordé à Utzschneider et Cie relatif à la photolithographie sur faïence, brevet délivré le 29 juillet 1904.
POUR ALLER PLUS LOIN
À travers une sélection de faïences photographiques, de documents, d’images et d’éléments permettant de replacer ces objets dans leur contexte historique et artistique, l’exposition invite le visiteur à s’interroger sur une question toujours actuelle :
Comment une image contribue-t-elle à construire l’identité d’un territoire ?
Au début du XXᵉ siècle, photographes, artistes, éditeurs et industriels participent ensemble à cette construction.
La Faïencerie de Sarreguemines en a été un acteur important.
En choisissant de reproduire sur ses céramiques les images d’une Alsace qui veut s’émanciper de l’Empire allemand, Utschneider et Cie. contribue à la visibilité des paysages, du peuple et des coutumes de la province.
« La photographie montre le paysage ou l’événement, la céramique le transforme en objet et l’objet devient mémoire ».
INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES :
Exposition :
L’Alsace photographiée – Contribution de la Faïencerie de Sarreguemines à l’affirmation d’une identité.
Lieu :
Jardin d’Hiver — Musée de la Faïence de Sarreguemines 15-17 rue Poincaré 57200 Sarreguemines.
Dates :
Du 6 octobre au 15 novembre 2026
Inauguration le 9 octobre 2026 à 18h
En amont :
le 8 octobre conférence : Albert Kahn - Les Archives de la Planète - photographier le monde pour mieux le comprendre.
Par Jean-Paul Lerch, Maurimonastérien, historien, auteur d’ouvrages sur l’histoire de Marmoutier et sa région
Organisateurs :
Association Sarreguemines-Passions et Musées de Sarreguemines
Henri Gauvin
Président de Sarreguemines-Passions